Bots de « nudification » sur Telegram : une enquête révèle un marché organisé de deepfakes non consentis
D'après AI Forensics - Harassment as Infrastructure (rapport, 8 avril 2026), relayé par The Decoder
Rédigé à partir de la source originale; chaque fait est vérifié contre le texte source.
À retenir
- AI Forensics a analysé près de 2,8 millions de messages dans 16 groupes et canaux Telegram italiens et espagnols sur six semaines, dans son rapport « Harassment as Infrastructure » publié le 8 avril 2026.
- Des bots de « nudification » transforment des photos ordinaires en fausses images de nu ; le mot « bot » apparaît 16 232 fois dans les messages analysés.
- L'accès complet à une archive ou à un canal se vendait 20 à 50 euros, avec des abonnements dès 5 euros par mois, payables par PayPal, cryptomonnaie ou Bizum ; des promoteurs revendiquaient des commissions d'affiliation allant jusqu'à 40 %.
- Les chercheurs ont dénombré 24 671 utilisateurs actifs dans des communautés atteignant jusqu'à 27 000 membres ; 72 % du contenu espagnol circulait aussi dans les groupes italiens.
- Telegram affirme interdire ces bots et avoir retiré plus de 952 000 contenus inappropriés en 2025, mais les enquêtes montrent que les réseaux se recomposent après chaque retrait.
Pourquoi ça compte
Ce dossier illustre comment l'IA générative abaisse le seuil technique de l'abus sexuel non consensuel et le transforme en modèle d'affaires organisé (bots automatisés, marketing par affiliation, paiements, archives) plutôt qu'en incidents isolés. Retirer un seul bot ou canal ne suffit pas : selon les chercheurs, plusieurs maillons distincts (création, distribution, découverte, hébergement, paiement) doivent être visés ensemble pour empêcher la reconstitution rapide du réseau.
Chiffre-clé
AI Forensics a recensé 24 671 utilisateurs actifs dans ces réseaux Telegram, selon son rapport publié le 8 avril 2026.
Ce que ça change au Québec
🇨🇦 Au Canada, la loi C-16 (Protecting Victims Act), sanctionnée le 18 juin 2026 et entrée en vigueur le 18 juillet 2026, élargit la définition légale d'« image intime » aux contenus générés ou modifiés par IA et criminalise leur diffusion non consensuelle, y compris la simple menace de diffusion (jusqu'à 10 ans d'emprisonnement). Au Québec, une loi permet d'obtenir une ordonnance judiciaire urgente de retrait pour toute image intime, réelle ou générée par IA, partagée sans consentement.
Action concrète
Une personne visée par une image intime falsifiée peut, au Québec, demander une ordonnance de retrait urgente via le Greffe numérique ou un palais de justice, en conservant d'abord des captures d'écran (URL, nom d'utilisateur, date, menaces) comme preuves, sans jamais négocier ni payer l'auteur présumé de la menace.
Repères datés
- 2026-04-08 - Publication du rapport d'AI Forensics « Harassment as Infrastructure : How Telegram's design enables TFGBV ».
- 2026-01-29 - Telegram déclare au Guardian avoir retiré plus de 952 000 contenus inappropriés durant l'année 2025.
- 2026-06-18 - Sanction royale de la loi canadienne C-16, qui criminalise la diffusion et la menace de diffusion de deepfakes intimes générés par IA.
- 2024 - Une enquête de WIRED avait déjà mené Telegram à retirer 75 bots et canaux de nudification, sans explication publique détaillée.
Sources originale et média
Sources
- AI Forensics - Harassment as Infrastructure (rapport, 8 avril 2026) : Source primaire : rapport complet sur l'écosystème Telegram de violence technologique basée sur le genre (TFGBV).
- The Decoder - Nudifying bots, deepfakes and automated archives : Relais journalistique de l'enquête AI Forensics, source fournie pour cette fiche.
- The Guardian - Millions creating deepfake nudes on Telegram : Réaction officielle de Telegram et chiffres de retrait de contenu pour 2025.
- Justice Canada - Projet de loi C-16 (Protecting Victims Act) : Cadre légal canadien sur les images intimes générées par IA, en vigueur depuis le 18 juillet 2026.
- Relais média : The Decoder → · Lire en français